Morceaux choisis

J'ai toujours aimé écrire...

De longues lettres à mes amies pendant les vacances scolaires, 
un journal intime, 
des carnets de bord pendant mes séjours à l'étranger, 
des rédactions et des dissertations de plusieurs pages 
ou encore 
des récits isolés concernant des moments importants à mes yeux...


    Vous trouverez ci-après plusieurs écrits personnels*, des morceaux choisis extraits de documents plus longs ou présentés dans leur intégralité.

Bonne lecture !

Dominique Buirey





Rue de la Madeleine


    [...]    
Nous habitions certes non loin du centre, près de la faculté, mais cela ne nous empêchait pas d'arriver régulièrement en cours avec un (très) léger retard... 
       Le trajet en direction de la rue M., ou du Palais G., situé par chance encore plus près, se transformait alors systématiquement en une course effrénée dans les rues de la ville. 
           
       Après avoir attrapé nos sacs à main/sacs de cours (une seule grande besace qui nous suivait partout), nous quittions l'appart' précipitamment cinq minutes avant le début des cours, fermions la porte à clé, dévalions l'escalier en galopant, franchissions le porche d'entrée avec grâce et rapidité en claquant la porte pour énerver le taciturne voisin du 2
ème étage qui ronchonnait de toute façon même quand nous ne faisions rien de mal, dévalions la rue de la Madeleine au pas de course en dépassant par la chaussée les piétons trop lents, traversions la rue B. puis la rue longeant les quais, et franchissions le pont, la tête rentrée dans nos manteaux à cause du froid et du vent, avant de nous engouffrer dans la Grand rue.

 La première partie de cette célèbre artère étant piétonne, nous n'avions qu'à slalomer entre les passants tout en jetant un coup d'œil aux vitrines afin d'organiser notre prochaine virée shopping. Nous abordions ensuite la deuxième partie de la rue, qui était semi-piétonne et où nous devions donc partager la chaussée avec les voitures et les bus, le trottoir étant souvent encombré. Puis, selon notre emploi du temps, nous rejoignions notre salle de cours.

 Bien évidemment, nous arrivions bonnes dernières et le cours avait déjà débuté. Nous entrions à pas de loup dans la pièce, murmurions un « bonjour, excusez-nous » désolé en nous faisant le plus discrètes possible, avancions sans poser les talons pour limiter le bruit et prenions place au dernier rang. Nous adressions ensuite des petits coucous discrets aux copines déjà installées, politesse oblige. Puis, je devais poser mes lunettes car les verres étaient tout embués (à cause du changement de température entre l'extérieur et l'intérieur) et m'empêchaient de voir quoi que ce soit. Ensuite, nous commencions à nous déshabiller car cette course nous avait réchauffées : nous enlevions donc gants, manteau, écharpe, bonnet et pull que nous empilions sur la table voisine. Une fois à l’aise, nous sortions nos affaires. Toutefois, compte tenu de la configuration de nos sacs, qui étaient plus des fourre-tout que des cartables, nous devions d'abord tout vider avant de tomber sur la pochette correspondant au cours ainsi que sur notre trousse. 

Enfin, nous étions prêtes à travailler. Et comme nos résultats étaient relativement bons et que nous participions beaucoup, les enseignants ne nous ont jamais fait la moindre remarque, et nous gratifiaient même, pour la plupart, d’un sourire entendu. [...]



Extrait du journal de Gribouille


                
Cher Journal,

        Cela va bientôt faire quatre mois que je me suis installée dans cette maison. Je crois que cette fois-ci, j’ai enfin trouvé un foyer qui me convient et au sein duquel je me sens bien. Quel bonheur d’être choyée, câlinée, papouillée et de se sentir aimée !

        Il est vrai qu’avant cela, la vie n’a pas été facile et que mes premiers mois d’existence relevaient plutôt de la survie. Trouver un abri pour dormir et de quoi me nourrir étaient mes défis quotidiens. Et puis un soir, j’ai trouvé un joli petit arbuste dans une cour fermée et j’ai passé la nuit sous son feuillage. Comme à l’accoutumée, j’ai dormi d’un œil, tout en restant vigilante au moindre bruit suspect.

Au matin, une porte s’est ouverte et je me suis enfuie en courant. Mais contrairement aux voix agressives que j’avais l’habitude d’entendre en pareil cas, celle qui me parvint aux oreilles ce jour-là était douce et accueillante. Je ne partis donc pas loin et décidai d’observer ce qui se passait. La personne à la voix douce revint, suivie d’un grand monsieur armé d’une pioche et d’une pelle. Il me semblait bien que cela était trop beau pour être vrai. Je restai tapie dans ma cachette et continuai à les épier. Mais le monsieur ne chercha pas à me traquer avec ces outils comme j’en avais déjà fait l’expérience à maintes reprises. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il commença à creuser dans la terre. Quel drôle de rituel. Moi aussi je sais creuser dans la terre. Serait-ce un signe ? Puis deux enfants sortirent de la maison en criant et en gesticulant. J’aime bien les enfants. Depuis que j’ai compris qu’ils font constamment du bruit et qu’ils ne savent pas se déplacer sans courir, je n’ai plus peur d’eux. Ou presque.

Le monsieur creusait toujours, la dame l’aidait et les enfants piétinaient dans la terre en riant. Tout ce petit monde avait l’air de bien s’amuser. Je décidai de monter discrètement sur le mur pour mieux les voir. J’aperçus un gros chat qui se prélassait auprès d’eux, l’air satisfait. Je décidai de m’approcher. Soudain la voix douce s’exclama : « Ohhhhhhhhh ! Regardez, c’est le petit chat qui s’est sauvé ce matin ! Viens minet, viens, n’aies pas peur ! » À ce moment-là, tout le monde me regarda bouche bée, avec un grand sourire. C’était tellement incroyable que sans même réfléchir, je m’approchai en remuant la queue. Ils avaient VRAIMENT l’air heureux de me voir ! Comme s’ils m’attendaient ! Moi ! Ils se mirent tous autour de moi et commencèrent à me porter, me caresser, me faire jouer.

Seul le grand chat ne semblait pas partager l’euphorie générale. Il s’approcha de moi d’un air supérieur, se mit à grogner et me raccompagna d’où je venais. J’avais l’habitude de ce genre de macho, beau gosse, tout en poils, au regard de tombeur. Je fis semblant de partir et me cachai dans un massif d’iris. Le matou me chercha, passa à cinquante centimètres de moi sans me remarquer, continua son enquête en flairant le sol et sortit du jardin. J’attendis deux minutes et rejoignis mes nouveaux amis, qui s’extasièrent sur mon stratagème et se montrèrent encore plus ravis de me revoir. C’était la première fois que je manquais à quelqu’un ! Je ne pouvais plus les décevoir. Afin de faire plaisir au Monsieur qui avait passé sa matinée à creuser, je fis caca dans la terre fraîche, sous les regards attendris de toute la famille, et lui laissai le plaisir de recouvrir.

Puis nous nous rendîmes à l’intérieur de la maison afin de prendre le repas de midi. Je n’eus pas besoin de beaucoup insister pour qu’on m’offre un bol de croquettes et de l’eau fraîche. J’étais affamée et assoiffée et vidai les récipients en un temps record, pour le plus grand bonheur de mes hôtes. Ensuite, je remarquai le canapé et allai m’installer confortablement pour une sieste bien méritée. Je dormis plusieurs heures cet après-midi-là. 

           À mon réveil, je demandai gentiment d’autres croquettes et on me servit. Puis je passai la nuit à l’intérieur, bien au chaud et sans crainte d’être agressée.

Le lundi, ma nouvelle maîtresse à la voix si douce qui s’était mis en tête que je m’étais probablement perdue, entrepris de me rendre à mes propriétaires. Elle disait qu’ils devaient probablement être tristes, que je devais leur manquer, etc. Évidemment, moi, on ne m’écoute jamais, mais il était sûr que je ne manquais à personne. Enfin, grand bien lui fasse. Je faisais semblant de dormir sur la couverture qu’elle m’avait installée et observait son manège. Elle parla à tout un tas de gens dans une espèce de boîte noire, notamment à un vétéri quelque chose (qui lui conseilla de me laisser dehors et de ne surtout pas me nourrir. Héhéhé… Trop tard !) Mais, étonnamment, elle ne se vanta pas de tout ce qu’elle avait fait pour moi. Dans son élan de recherches, elle décida d’imprimer des affiches qu’elle alla déposer dans les magasins du village. Elle parla de moi aux voisins et à toutes ses copines. Au bout d’une semaine, elle commença à dire que je n’avais peut-être pas de maîtres finalement. ENFIN ! Elle n’est pas très rapide à la comprenette. De toute façon, cela ne changeait pas grand-chose. Il n’était plus question pour moi de partir d’ici, qu’on se le dise.

C’est alors qu’ils entreprirent de me choisir un nom. Ma maîtresse et les enfants aimaient bien Praline, et ils m’affublèrent de cette dénomination pendant quelques jours. Praline. Pff. Est-ce que j’ai une tête de praline ? Heureusement, mon maître, qui semble avoir un peu plus de jugeote que les autres, intervint et décréta que ce nom ne m’allait pas du tout. Et proposa Gribouille. Un prénom à la jolie sonorité, drôle, mignon, adorable, bref tout à fait moi.

Et la vie continua ainsi, dans le bonheur et la sérénité. Un jour, je remarquai qu’ils parlaient de plus en plus d’une certaine Plume. À chaque fois, ils prenaient un air de conspirateurs et me regardaient du coin de l’œil pour voir si je les écoutais. Évidemment que oui. Je me demandais bien ce qu’ils mijotaient. Eh bien figurez-vous qu’ils m’ont ramené un petit chat. Une femelle. Soi-disant qu’ils l’avaient réservée avant mon arrivée.  Et que ce serait super, qu’on allait pouvoir jouer toutes les deux et que comme ça je ne m’ennuierais pas. Mouais. Ils voulaient me remplacer, oui ! Eh bien, qu’à cela ne tienne.

J’ai fait une fugue pour bien leur faire comprendre que je n’étais pas dupe. J’ai passé deux nuits dehors et ne suis rentrée que pour manger. Il ne faut pas exagérer quand même. La petite était toujours là, à me regarder comme si j’étais son idole, à me coller, à vouloir jouer avec moi. Mais je n’étais pas d’humeur. Finalement, j’ai décidé de rester car ils étaient vraiment inquiets. C’était beau de les voir me chercher partout, de m’appeler. Ah, la famille, il n’y a que cela de vrai. Et puis j’ai fini par m’attacher à cette fameuse Plume qui est très mignonne, je dois bien le reconnaître, et qui est plutôt sympathique. Je lui ai appris à jouer, griffer le papier peint, passer chez le voisin et bien d’autres choses. J’ai essayé de lui montrer comment grimper sur le toit mais elle est encore trop petite. Dans quelques mois peut-être…

    Bref, je mène maintenant une vie de rêve : croquettes à volonté, viande fraîche, lits et canapé à ma disposition, câlins, jouets ; j’ai même accès à la piscine dans laquelle je prends volontiers un petit bain quand il fait vraiment chaud.

 Ahhhh… Encore mieux que le Club Med' !




Vendanges à l'ancienne dans le Jura

   

[...] 

    Passer la vendange nécessite à nouveau toute une organisation. Deux ou trois personnes, parmi les plus rapides, prennent leur place autour de la sapine et remplissent les seaux à l’aide du bigot, dont on change régulièrement le manche.

   D’autres ont pour tâche d’acheminer les seaux jusqu’à la cave, sans renverser de jus, et pestent rituellement contre la lourdeur de leur charge et le manque de poignée tournante à leur récipient. 

   Ils y retrouvent les candidats à la bouille qui, forts et musclés, s’attellent nonchalamment à pousser la poutre qui fera fonctionner le pressoir. Les voyages des porteurs se succèdent, la sapine se vide et le jus coule à flot, à tel point qu’il faut parfois ralentir le rythme de tout ce petit monde. 

    Quand les choses se calment, il est temps de goûter le fruit de toute cette agitation. Le verre spécialement réservé à cet effet et opacifié par des années de bons et loyaux services se remplit et passe de bouche en bouche. Les plus délicats préfèrent s’abstenir et ne sont pas épargnés par les commentaires railleurs des valeureux goûteurs. Ces derniers jouent les connaisseurs et spéculent sur le probable degré de sucre du précieux liquide. 

     Seule les fera taire la réponse ô combien scientifique et précise du pèse-moût, dont l’exactitude n’est plus à prouver. Si un second test est effectué, c’est simplement que la valeur qu’il a d’abord indiquée n’a pas satisfait aux exigences des vendangeurs, qui souhaitent ardemment être les acteurs d’une cuvée exceptionnelle. Néanmoins, les résultats de cet ingénieux instrument ne reflètent que la vérité, et il ne reste qu’à relativiser si ces derniers ne sont pas à la hauteur des espérances de chacun. 

[...]





Il y a des jours comme ça...

    

Youpi ! 

    En ce jour de novembre, nous partons en famille pour un week-end prolongé à Barcelone ! Départ joyeux de la maison à 10 heures. Le trajet se déroule sans encombres, jusqu’à Perpignan où nous rencontrons un petit ralentissement.

    Une heure d’attente.

    Mais ce n’est pas grave.

    Il fait beau et très doux. Nous nous arrêtons pour déjeuner et nous arrivons à l'hôtel aux alentours de 14 heures. Nous déposons nos affaires et repartons pour Sitges. Nous nous garons en bord de mer dans une rue déserte, sur des places aux lignes bleues où il est écrit « ticket ». Mon Chéri, très honnête, s'apprête à se rendre à l’horodateur le plus proche lorsque ma nature quelque peu avare me fait dire : « Mais non, pas la peine, c'est désert et nous sommes hors-saison...» Et nous partons gaiement visiter ce village magnifique, les enfants prennent le goûter, nous trouvons même une aire de jeux sur la plage et prenons de superbes photos du soleil couchant. De retour à la voiture, nous apercevons un petit papier glissé sous l’un des essuie-glaces. Nous avons vite la confirmation qu’il s’agit d’une contravention de 30 €... Bien joué, bravo.

     Mais ce n’est pas grave.

     Nous venons justement de croiser une contractuelle portant un gilet jaune fluorescent. Je cours pour la rattraper, lui explique ma bonne foi (hum !) et réussis à négocier un arrangement : nous ne payons que 5 €. Je rejoins ma petite famille dans la voiture et nous repartons. Enfin, nous essayons, car impossible de démarrer la voiture.

    Mais ce n’est pas grave.

   Mon Chéri enlève la clé, remet la clé, verrouille la voiture, la déverrouille, et enfin elle démarre. Ouf. Vraiment, il ne fallait pas s'en faire. Nous retournons à l'hôtel, garons la voiture dans la rue avec son joli petit antivol rouge assorti à sa carrosserie, mangeons au restaurant, remontons dans notre chambre, donnons le bain aux enfants et zou, au lit. Nous passons tous les quatre une excellente nuit.

    Le lendemain matin, réveil à 8 heures. Tout le monde est de très bonne humeur, il fait un temps superbe et la météo annonce 20° et un vent faible. La journée idéale. Quelle chance d'avoir un tel temps en cette saison ! Nous nous préparons, prenons un ÉNORME petit déjeuner au buffet de l'hôtel, passons prendre une ou deux choses dans la voiture et partons en ville par le tram.

    Nous nous baladons un peu sur la Rambla, faisons des photos sur les lions de la statue de Christophe Colomb, et visitons la vieille ville avec beaucoup de plaisir. Nous découvrons même des colonnes romaines au détour d'une ruelle. Tout va bien. Vraiment, quel beau week-end !

    À presque 14 heures, les petits ventres commencent à crier famine. Nous repérons un fast-food sur la Plaza de Catalunya dans lequel nous entrons. Je passe les commandes au guichet pendant que mon Chéri va s'asseoir avec les enfants. Ensuite, je les retrouve avec le plateau, puis accroche mon sac au dossier de ma chaise, que je recouvre de mon manteau. Nous nous apercevons qu'il nous manque un dessert et une bouteille que je retourne chercher. Nous nous régalons et apprécions de nous reposer un peu. À la fin du repas, je me prépare à emmener les enfants aux toilettes avant de partir.

    Je me lève, prends mon manteau et mon sac. Mais où est mon sac ? Je suis sûre de l'avoir pendu à ma chaise… Nous nous rendons très vite à l'évidence : je me suis fait voler mon sac. Nous faisons rapidement le point sur ce qu'il contenait : ma carte bleue, ma carte d'identité, celles des enfants, mon permis de conduire, la carte grise de la voiture, l'appareil photo, les quatre piles neuves que je venais d'acheter, mon portefeuille en cuir, mes lunettes de soleil, celles des enfants, cent euros en liquide, la tétine de ma Poupée (une rose, sa préférée, grrrr), un tube d'arnica, un paquet de kleenex, ma carte vitale, ma carte de tiers-payant, toutes mes cartes de fidélité, et bien sûr mon super sac Esprit… Et, on le découvrira plus tard, une petite carte avec l'adresse de l'hôtel, notre numéro de chambre, notre nom et les dates de notre séjour.

     Mais ce n’est pas grave.

    Heureusement, mon Chéri a son téléphone sur lui. Nous nous empressons d’appeler la banque et faisons opposition à ma carte bleue. Nous contactons ensuite l'assurance ; notre interlocutrice enregistre notre appel et nous demande de faire le nécessaire lundi à notre retour. Puis nous filons au commissariat de police pour déposer plainte (bon à savoir : un commissariat de police se trouve sur la place de Catalunya, dans l'entrée nord du métro). Deux heures plus tard, nous ressortons du commissariat et partons pour la Sagrada Familia, mais le cœur n'y est pas. En plus, elle n'est toujours pas finie. Je me sens complètement perdue : plus d’argent, plus d'identité, plus de sac. En fin d’après-midi, nous reprenons le tram afin de regagner l’hôtel. Mon Chéri achète les tickets au distributeur avec sa carte bleue. Qui ne marche pas.

    Mais ce n’est pas grave.

    Il lui reste du liquide. En descendant du tram, nous nous arrêtons dans une supérette pour faire un petit achat, histoire de vérifier si la carte fonctionne ou si la personne de la banque a annulé la mauvaise... OUF, la carte passe. Vraiment, il ne fallait pas s'en faire. Et nous rentrons à l'hôtel.

    Mon Chéri trouve sous la porte un petit mot de la réception indiquant que mes affaires auraient été retrouvées. Je vole jusqu'à l'accueil où l’hôtesse m'explique qu'une personne a téléphoné pour dire qu'elle avait retrouvé un sac plastique contenant ma carte d'identité et divers autres documents, accroché à une cabine téléphonique. Je rappelle cette dame et nous convenons de nous rencontrer le lendemain midi devant le commissariat. Sur cette bonne nouvelle, nous descendons manger, puis rejoignons notre chambre où les enfants prennent un bon bain avant de faire un gros dodo.

    Vers 23 heures, ma Poupée se met à pleurer et se plaint du ventre. Ce n'est vraiment pas son genre de se réveiller ainsi. Et si elle faisait une crise d'appendicite ? Je la prends dans les bras pour la consoler puis m’allonge à côté d’elle.

     Mais ce n’est pas grave.

    Nous avons repéré un hôpital tout près de l'hôtel. S'il le faut, je l'emmènerai aux urgences pendant que mon Chéri restera à l'hôtel avec mon Loulou. Bon, je n'ai pas de pièce d'identité sur moi, mais bon ce n'est pas grave, ils la soigneront de toute façon. Au bout de deux heures, elle semble dormir paisiblement… Ouf. Vraiment, il ne fallait pas s'en faire.

    Le matin du troisième jour arrive, il fait encore très beau. Mon Chéri va vérifier si la voiture est encore là (sic) avant de nous retrouver à la table du petit-déjeuner. Tout va bien. Il l'a rapprochée de l'hôtel, ce sera plus pratique pour charger les bagages. Il a juste eu du mal à la démarrer. Hum. Nous préparons nos affaires et montons dans la voiture qui refuse catégoriquement de se mettre en route.

    Mais ce n’est pas grave.

   Mon Chéri enlève la clé, remet la clé, la verrouille, la déverrouille, et enfin, elle daigne démarrer. Ouf. Vraiment, il ne fallait pas s'en faire. Elle doit juste être inquiète parce que sa carte grise se balade quelque part… Nous descendons en ville en voiture et trouvons un parking. Il est tellement petit que c'est le gardien qui gare la voiture… et qui garde les clés. Nous n’avons pas d’autre choix que de les lui laisser…Restons zen.

    Mais ce n'est pas grave.

   Nous nous baladons sur la Rambla, sur les lieux du crime. Le vol, c’est comme le vélo, il faut remonter en selle tout de suite. On achète un bouquet pour remercier la dame qu'on va retrouver à midi. Elle arrive avec un peu de retard mais nous restitue ce qu’elle a trouvé dans le sac plastique : tout sauf le sac, le portefeuille, l’appareil photo, les piles, les lunettes de soleil et le liquide… Par chance, nous retrouvons tous les documents administratifs.

    Nous retournons chercher la voiture (qu’on ne nous a pas volée : la chance tourne !) et direction Monjuic. Mon Chéri nous emmène à la Fondation Miró, comme prévu. Je pensais qu'il serait pressé de quitter cette très belle ville et d'abréger ce splendide week-end… mais comme il ne compte pas revenir de sitôt…

    Nous reprenons ensuite la route en fin d’après-midi, en direction de la maison. Le voyage se passe très bien. Nous arrivons vers 20 heures. Après le repas, je déballe les bagages et range nos affaires… et je m'aperçois que mon flacon de parfum tout neuf s'est complètement vidé dans le vanity…

    Mais ce n’est pas grave.

    Le lendemain matin, nous déposons la voiture chez le garagiste à la première heure, trop heureux qu’elle nous ait ramenés à la maison !

    Il y a des jours comme ça…



Une bafouille de Plume

                      

       Chers amis,

    Enfin je prends ma plus belle papatte pour vous écrire une petite bafouille et vous donner de mes nouvelles. Je vous rassure tout de suite : je vais très bien !

    J’ai été très bien accueillie dans ma nouvelle famille qui, d’après ce que j’ai cru comprendre, m’attendait avec impatience. Assiette fleurie et petit bol pour mes repas, croquettes au poisson (mes préférées) et au bœuf, caisse à litière : tout était prêt pour que je me sente à mon aise.

    Dès le premier jour, j’ai même reçu divers cadeaux avec lesquels je m’amuse beaucoup. Mes jouets préférés sont les souris en fausse fourrure (blanches, grises, à grelots… : je pense qu’un échantillon de tout ce qui existe dans le commerce est quelque part dans la maison) que je cache régulièrement sous les meubles (j’adore voir ma nouvelle maîtresse à quatre pattes par terre, le balai à la main en train de pester pour les récupérer, hihihi !). On laisse également à ma disposition des petites boules de cotillons en papier que je m’empresse de détruire en les mâchonnant (la qualité est vraiment médiocre) ou divers morceaux de ficelle que je déplace au gré de mes envies. J’aime aussi beaucoup m’amuser avec les chaussettes que je pique discrètement sur le séchoir à linge, même lorsqu’elles sont étendues sur les étages supérieurs : l’altitude ne me fait pas peur.  Il me faut simplement aller les cacher assez vite avant qu’on ne me surprenne, ce que je réussis 9 fois sur 10 ! J’ai également commencé à griffer le papier peint de la salle de bains, ce blanc à paillettes ne me plaît pas du tout.

    Je suis à très bonne école dans ce domaine : figurez-vous que j’ai une grande sœur adoptive qui s’appelle Gribouille. Il est vrai que les premiers jours, je ne l’ai guère trouvée sympathique. Et ceci était visiblement réciproque. Mais au fil du temps, nous avons appris à nous connaître et nous sommes aujourd’hui devenues très proches et très complices. Nous jouons beaucoup toutes les deux : à la bagarre, à cache-cache, à faire la course ou à réveiller nos maîtres au petit matin (ils ronchonnent quand nous passons en courant sur leur visage à 6 heures, c’est vraiment très drôle et cela nous amuse beaucoup toutes les deux ! ;-) ).

    Sinon je dors très bien. J’ai plusieurs endroits de prédilection où je fais de bonnes siestes : une chaise garnie d’un confortable coussin rouge, une couverture disposée spécialement pour moi sur le canapé, le lit d’A. ou encore une corbeille en osier dans laquelle je peux faire mes griffes immédiatement au réveil. La nuit, je dors généralement à côté de mon nouveau maître, même si je dois constamment le pousser pour qu’il me laisse un peu plus de place.

    Nous avons un jardin qui est plutôt agréable, mais quand j’en ai l’occasion, je pars à l’aventure dans celui du voisin, qui est bien mieux. À l’aller, j’escalade le grillage avant de sauter de l’autre côté. Le retour est plus périlleux : je dois d’abord grimper à l’arbre, puis miauler en attendant que mon maître daigne accourir, se jucher sur le muret de 5 cm de largeur à 1 mètre du sol avant de me prendre tendrement dans ses bras et me déposer délicatement sur le sol. C’est vraiment exaltant de partager avec lui ces moments de sport extrême !

    Une seule chose me chiffonne : l’accès à la table m’est interdit, ainsi qu’à Gribouille. Ce n’est pas faute d’essayer : à chaque repas, l’une ou l’autre nous précipitons sur une assiette pour prendre notre repas (nous sommes plutôt dociles : dès que nous entendons « à table ! », nous arrivons… pas comme les enfants qu’il faut appeler 4 fois… et toc…). Eh bien systématiquement l’un de nos maîtres nous remet par terre en disant « nannannannannan ». Je me demande bien ce que cela peut vouloir dire… Mais qu’importe : quelquefois, je parviens à attendrir ma maîtresse avec mes fameux ronrons auxquels elle ne peut pas résister et mes regards à la Hugh Grant… et elle finit par me laisser dormir sur la table. Ce n’est pas confortable du tout mais tant pis. Et le matin, lorsque je suis seule avec mon maître pendant qu’il prend son petit-déjeuner, j’ai le droit de m’asseoir sur la table et de manger un peu de beurre. Heureusement que ma maîtresse est sous la douche et qu’elle ne peut pas nous voir ! Elle nous en ferait tout un sac de croquettes, c’est sûr…

    À part ça, j’ai visité à peu près tous les placards de la maison et je suis même entrée dans le réfrigérateur mais cela ne m’a vraiment pas plu. Brrr. Par contre, j’aime beaucoup me coucher dans les tiroirs qui sont sous le lit de mes maîtres et qui contiennent la literie : c’est très confortable. Mais j’ai l’impression de les déranger quand je décide de m’y installer au beau milieu de la nuit. J’entends régulièrement des « Grrrr » et des « Chuuuut ». Mais comment pourrais-je entrer dans l’un de ces tiroirs sans gratter au moins un peu ? Impossible. … n’ont qu’à les ouvrir…

    Voilà voilà voilà.

    Vous savez tout de ma nouvelle vie qui, comme vous pouvez le constater, est plutôt agréable.

    J’en profite pour vous remercier du fond du cœur de toute la tendresse que vous m’avez témoignée lors des premières semaines de ma vie. C’est grâce à vous que je suis devenue cette adorable petite minette en pleine forme, équilibrée, drôle, sociable, affectueuse et... si modeste.

    Sur ce, je vous laisse, en vous espérant tous en bonne santé.

    À très bientôt !

            Affectueux ronrons,

                Plume

 


 Mieux vaut en rire... 


Lundi 10/10 - 10h (Incroyable ! Avec tous ces 10, je fais un vœu…)

 

Je me présente à mon rendez-vous au Pôle E., dans le bureau d'une psychologue du travail que me reçoit avec son carré Hermès sur les épaules. Nous sommes censées aborder le sujet de ma réorientation professionnelle.

Je suis toute pimpante et pleine de peps à l'idée de parler de mon projet, une sorte de rêve qui dans ma tête se transforme peu à peu en réalité. Sophrologie oblige, je m'imagine tout à fait dans ce projet abouti, et surtout je me vois épanouie. Ce nouveau métier me permettrait d'allier le plaisir que j'ai à écrire, le goût des histoires « vraies », des parcours vécus et l'émotion qu’ils véhiculent, l'envie de travailler seule et pour moi, d'organiser ma vie professionnelle de façon autonome. Je n'ai aucune envie de reprendre un emploi de salariée. De plus, cette activité serait adaptée au schéma familial que je souhaite maintenir tant que mes enfants sont en bas âge, en nous laissant une souplesse bienvenue.

L'entretien débute après les formules de politesse d'usage.

La dame commence à remplir mon dossier cartonné et fait déjà une faute dans mon nom de famille (de six lettres). Elle se met à farfouiller dans son tiroir et en ressort un stylo-correcteur nouvelle génération avec mine ultrafine. Elle entreprend de repasser sur la faute mais… rien ne se passe. Elle appuie plus fort, secoue le correcteur, tape dessus, peste en disant : « Je ne les aime pas ceux-là, je préfère ceux avec les petites bandes blanches qui se collent ! » mais rien n'y fait. Ne sachant trop que dire, assise bien sagement sur ma chaise avec ma pochette sur les genoux, j'ose une petite remarque très à propos :

« Il doit être bouché…

        Ah, vous croyez ?  me dit-elle. Mais comment vais-je bien pouvoir le déboucher ?

        Est-ce que vous auriez une épingle par hasard ?

        Ah oui, me répond-elle, j'en ai une dans mon tiroir ! » Sic.

Elle trouve donc tout une boîte d'épingles (elle doit faire de la couture entre midi et deux avec les collègues), débouche le tube, et parvient enfin à effacer l'erreur.

« Votre nom, ça s'écrit comment déjà ? »

OK.

Elle continue à remplir le dossier puis m'interroge sur mon parcours : expérience professionnelle, diplômes, tout en notant mes réponses au fur et à mesure.

Je lui suggère alors :

« Mais j'ai un CV avec moi, est-ce que vous le voulez ?

        Ah, très bien, si vous avez un CV avec vous, c'est encore plus simple ! » me répond-elle avec un grand sourire.

En même temps, il était indiqué sur la convocation de se munir d'un CV, je ne vois donc pas en quoi ceci est exceptionnel. C'est le Pôle E. quand même.

Ah, le téléphone sonne.

« Excusez-moi.

        Je vous en prie ».

Comme je suis bien élevée, je fais semblant de ne pas écouter la conversation qui traite visiblement d'une histoire de visa qui n'est pas arrivé à temps, de dossier perdu par le Pôle E. mais il ne faut pas que la personne ne s'inquiète, un dossier perdu ça n'existe pas, on va forcément le retrouver quelque part. Tiens, d'ailleurs le voilà ! Dans la pile « À archiver ». Je n'écoute donc pas et prends mon air le plus détaché en étudiant ce qui m'entoure dans cette mini-pièce. Une affiche affreuse de 2 mètres x 1 mètre à propos d’une expo à Rouen en 2003. (?) Des photos personnelles des enfants et petits-enfants de mon hôtesse, que je ne vois malheureusement pas très bien à cause du contre-jour. Un coin de gazon ombragé à travers une fenêtre et une moustiquaire trouée et poussiéreuse. Il y a également des dossiers dans la bannette juste devant moi, mais là, vraiment ce serait incorrect de lire ce qui inscrit dessus. De toute façon, c'est à l'envers et c'est super mal écrit. Je ne parviens pas à déchiffrer un mot entier et je me fais mal aux yeux en louchant sur cette pile.

« Allez au revoir Madame ! Et rappelez-moi quand vous aurez du nouveau à propos de votre visa ! »

De toute façon, la conversation téléphonique se termine.

Enfin, ma conseillère aborde le sujet de ma reconversion professionnelle.

« Alors, quel est votre projet ?

        Eh bien, dis-je, j'aimerais devenir écrivain public et biographe. J'ai une formation littéraire, j'adore lire et je suis passionnée par l'écriture, et c'est un métier en pleine expansion qui m'attire vraiment. Pour cela, j'aurais besoin de suivre une formation. J'ai trouvé un centre qui propose différents modules et dont le coût serait aux alentours de 2500 €.

        Et vous êtes sûre que c'est sérieux comme centre de formation ?

        Eh bien, à vrai dire, j'ai fait des recherches sur Internet et j'ai vu les sites de professionnels qui sont installés et qui l'ont suivie. De plus, la personne qui dispense la formation est elle-même biographe et écrivain conseil et fait partie d'un groupement professionnel qui m'a l'air tout à fait sérieux.

        Bon, dans ce cas, prenez contact par e-mail avec certains et demandez-leur ce qu'ils en pensent.

        D'accord, je vais voir.

        Et sinon, vous pensez que c'est rentable comme activité ?

        Je l'espère ! J’ai d’ailleurs préparé une étude de marché à ce sujet.

        Demandez aussi aux personnes que vous contacterez si c'est rentable et si elles en vivent. Et sinon, est-ce que vous avez droit au DIF ?

        Oui, je disposais de 80 heures au moment de mon licenciement économique.

        Ah, montrez-moi votre certificat de travail ! Mais ce n'est pas mentionné ?

        Non, mais c'est mentionné sur ma lettre de licenciement !

     Ah, mais ce n'est pas la même chose ! Demandez à votre entreprise de vous refaire un certificat de travail en mentionnant le nombre d'heures dont vous pouvez bénéficier.

        Ah, mais ça ne va pas être possible, l'entreprise a fermé cet été !

      Ah, eh bien tant pis, débrouillez-vous, appelez-les ! Le DIF doit figurer sur le certificat de travail !

        Oui, mais l’entreprise n’existe plus !

    Eh, bien utilisez votre réseau, retrouvez les comptables, le directeur des Ressources humaines, qui vous voulez ! Sinon, pas de DIF, pas de formation ! »

Aïe aïe aïe. Les bras m'en tombent.

« Bon, je vais rédiger le compte rendu de l'entretien. »

La conseillère se met à  taper sur son clavier, uniquement de l'index droit, ce qui n'a pas l'air facile. Seul le bruit des touches rompt le grand silence religieux qui s'est installé dans le bureau. Tic. Silence. Tic. Silence. Tic. Silence. Soudain, un cri retentit :

« RAHHHH, comment j'efface, comment j'efface ?  Ah, voilà. »

Tic. Silence. Tic. Silence. Tic. Silence.

« Ah, lalala, je me suis fait faire des lunettes spécialement pour l'écran mais c'est encore pire qu'avant, ah ah ah ! »

Tic. Silence. Tic. Silence. Tic. Silence.

« Pfff, ce n'est pas facile de taper un compte rendu, je suis psychologue, moi, pas secrétaire ! »

Tic. Silence. Tic. Silence. Tic. Silence.

« Et voilà, j'ai fini ! annonce fièrement la dame avec un grand sourire. Bon, je vais aller faire une photocopie. Ne bougez pas, je reviens. »

Conseil inutile. Évidemment que je ne vais pas bouger. Je ne vois d'ailleurs pas bien où je pourrais aller. Une minute passe, puis deux, puis trois… Soit la photocopieuse est loin, soit elle en panne, soit c'est un lieu de papotage. C'est peut-être là qu'elles parlent de la leçon de couture qui aura lieu entre midi et deux. Ah, le téléphone se met à sonner. Non, non, non, je ne réponds pas. Je ne suis pas là pour ça. J'entends un petit trot dans le couloir, ma psy  revient, me tend la photocopie, marmonne « excusez-moi » et saute sur le combiné. Je n'écoute toujours pas qu'elle parle avec Georgette d'un rendez-vous de 15 heures qui est annulé. J'en profite pour relire les cinq lignes du compte rendu rédigé en majuscules, sans faute. Je note qu'elle a écrit que la formation avait un coût de 600 €, ce qui est en dessous de ce que je lui ai dit. Rapidement d'ailleurs, car en fait elle ne s'est pas du tout arrêtée sur le contenu de la formation. Elle raccroche et commence à me piquer ma photocopie. Je m'accroche au papier et dis :

« Ah, je crois que c'est mon exemplaire !

        Ah, bon, vous êtes sûre ? Mais qu'est-ce que j'ai fait de l'original ?

        Ben, je ne sais pas, il est peut-être dans le dossier ?

        Ben, non, il n'y est pas. »

Et la voilà qui retourne mon dossier, le bureau, la pile de dossiers des gens qui sont passés avant moi (je comprends que certains d'entre eux se perdent parfois), qui regarde par terre, dans le tiroir… Pas d'original. Et soudain, l'illumination :

« Je sais, j'ai dû le laisser dans la photocopieuse ! Ne bougez pas, je reviens ! »

30 secondes plus tard.

« Eh non, il n'est pas là-bas non plus. Mais qu'est-ce que j'ai bien pu en faire ?  Ahhhh, le voilà, il était caché sous votre CV ! »

Ouhh, le coquin de document qui a voulu faire une blague ! Vilain !

L'entretien se termine.

« Bon, on se revoit le 28/10 à 9h pour faire le point, je n'ai pas de place avant ! Allez au revoir et… bon courage !

        Au revoir Madame, et merci ! »


* R A P P E L :

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